La première fois que je me suis exprimée ici, j'étais malheureuse, déprimée et je pensais que la souffrance que je ressentais ne disparaîtrait jamais. J'avais besoin d'avoir des réponses, de discuter avec des femmes ayant des fibromes, de savoir qu'il existait des solutions, d'être tout simplement écoutée et  rassurée. Je venais de vivre quelques mois très difficiles puisque je venais de vivre une des plus difficiles épreuves de la vie d'une femme: la perte de mon bébé, ma petite fille, après cinq mois de grossesse.  Je ne reviendrais pas sur cette expérience, tout a déjà été dit lors de mon premier témoignage, lorsque j'ai découvert ce bloc. Mais je m'étais promis, et j'avais aussi promis à l'auteure de ce blogue qui est devenue une grande amie, de parler de ma chirurgie, une myomectomie par laparotomie. Cette opération consiste en l'ablation des myomes ou fibromes par le biais d'une incision au niveau du ventre (la cicatrice est moins large que celle d'une césarienne). C'est donc une opération qui nécessite une certaine préparation, aussi bien physique que mentale. J'avoue que la préparation mentale est le point le plus important. On parle quand même ici de l'ouverture de notre utérus avec toutes les complications qui peuvent en découler. J'ai beaucoup angoissé avant l'opération. J'avais surtout peur de perdre mon utérus, de ne pas pouvoir retomber enceinte, ou de voir réapparaître les fibromes peu de temps après l'opération. Je n'ai pas besoin de vous raconter tous les scénarios catastrophes qui défilaient dans ma tête. Mais malgré ma grande peur, je savais que je voulais cette opération. Je savais que si je voulais réaliser notre plus grand rêve (avoir un enfant), il me fallait être forte et me tourner vers la chirurgie. 

J'étais suivie depuis décembre 2014 (1 mois après la perte de mon bébé) par le docteur Marie-Hélène Racicot à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont et la prise en charge de ma situation médicale me satisfaisait entièrement. De janvier à mars 2015, j'avais enchaîné plusieurs tests (hystérosalpingographie, hystérosonographie, réserve ovarienne) pour vérifier l'état de mon utérus mais aussi de mes ovaires et trompes.  Évidemment, à cause de mes fibromes, mon utérus était trop gros et une de mes trompes était déformée. Si je ne voulais pas courir le risque de perdre mon utérus, la myomectomie était l'unique solution et comme mes fibromes étaient nombreux (5) et volumineux (2 de plus de 6 centimètres), la laparotomie était l'unique solution aussi. En mars 2015, le docteur Racicot m'a inscrite sur la liste d'attente pour une chirurgie et 2 à 3 semaines après, une employée de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont m'appelait pour me communiquer ma date d'opération: le mercredi 29 avril 2015. 

Ce jour est très vite arrivé. J'étais convoquée à 6 heures du matin et tout de suite après les formalités administratives et la vérification de mes signes vitaux, j'étais conduite en salle d'opération. J'avais tellement peur à ce moment là, mais à aucun moment je n'ai voulu retourner en arrière. Je voulais avancer, me débarrasser de ces fibromes, retomber enceinte à nouveau et enfin serrer un jour mon petit bébé dans les bras. J'ai décidé de faire confiance à mon médecin, à la vie et à mon propre corps. 

Ayant été sous anesthésie générale, mes souvenirs en salle de réveil sont vraiment flous. Il n'y avait pas vraiment de douleurs qui me dérangeaient. J'avais plutôt beaucoup de difficultés à émerger de mon état, comme si je n'avais plus vraiment le contrôle de mon esprit et encore moins de mon corps. Conduite dans ma chambre après mon réveil, je replongeais dans un sommeil profond et cet état léthargique m'a suivi toute la journée. Douze heures après l'opération, j'étais absolument incapable de me lever, ni de marcher. La souffrance était tout le temps présente, réelle et gênante. Étant donné que je ne pouvais pas me lever, j'ai reçu régulièrement des injections d'héparine, un anticoagulant pour éviter la formation de caillots. Plus de 24 heures après, je me suis levée pour marcher quelques minutes et j'avoue que j'ai beaucoup souffert. 

Avec le recul et une seconde opération (ma césarienne), je me rend compte que ma douleur était beaucoup plus mentale que physique, que j'avais plus peur de me faire mal, d'ouvrir ma cicatrice en étant mobile. En fait, c'était une peur de l'inconnu puisque c'était ma première chirurgie. J'ai eu l'autorisation de sortir le vendredi soir, soit plus de 48 heures après mon admission avec un arrêt maladie d'un mois et demi. Pendant 2 semaines environ, j'ai eu beaucoup de difficultés à me mouvoir et la douleur a diminué progressivement. 

Tout allait bien durant mon rendez-vous post opératoire un mois après. Je devais attendre 6 mois avant d'essayer d'avoir un bébé mais je pouvais commencer la prise de suppléments: acide folique et vitamine D et calcium et aspirine bébé aussitôt que j'aurais un test de grossesse positif. Ce traitement devait être pris jusqu'à la 36ème semaine de grossesse. Six mois après la myomectomie, le 14 octobre 2015, j'ai fais un test de grossesse qui était positif.

J'avais pris toutes les dispositions nécessaires, mais quelques semaines après, je me rendais compte que je n'avais plus de symptômes de grossesse. J'étais certaine que les nouvelles seraient mauvaises, et effectivement, on me confirmait aux urgences l'arrêt de ma grossesse à 7 semaines. On était le 6 novembre 2015, quasiment 1 an (à 3 jours près) après la perte de mon bébé. Sans se décourager, mon mari et moi reprenions les essais bébé tout de suite après. Un autre espoir pointe son nez en fin décembre 2015 pour se solder par un troisième échec en début janvier 2016. Nous nous posions beaucoup de questions: allions-nous trop vite? Avions-nous laissé mon corps récupérer? etc… On ne le saurait jamais.  

Jusqu'à aujourd'hui, je détestais novembre. C'est un mois qui incarnait le malheur, la tristesse et le désespoir. Mais aujourd'hui, en ce beau mois de novembre 2016, je serre mon bébé Henry dans mes bras. Il est né il y’a 1 mois et sa présence avec nous me confirme que j’ai fait les bons choix. Ce témoignage n’a pas pour objectif de faire l’éloge de la myomectomie. Ce témoignage c'est d'abord une thérapie pour moi et surtout un message d'espoir pour toutes les femmes qui veulent devenir maman mais qui voient leur rêve se transformer en cauchemar. À ces femmes, je dirais mesdames: informez-vous, parlez et surtout gardez espoir.